Qu’est-ce que le hors-champ ?
Le hors-champ désigne tout ce qui appartient à une scène sans apparaître dans le cadre de l’image : un personnage, un objet, un lieu, une source de bruit. Le spectateur ne le voit pas, mais il en devine l’existence par le son, les regards ou les entrées et sorties de champ. C’est le contraire du champ, l’espace visible à l’écran.
Le mot s’écrit le plus souvent avec un trait d’union quand c’est un nom (« le hors-champ ») et sans trait d’union dans une locution (« une voix hors champ », « rester hors champ »). En anglais, on parle d’off-screen space. Le théoricien Noël Burch distinguait six zones de hors-champ : les quatre bords du cadre, l’espace situé derrière la caméra et celui caché derrière un élément du décor.
Comment le cinéma fait-il exister ce qu’on ne voit pas ?
Le hors-champ repose sur la suggestion : ce que l’on cache stimule l’imagination, parfois davantage que ce que l’on montre. Plusieurs procédés le rendent présent :
- Le son : une voix, une musique ou des bruitages qui viennent d’un endroit invisible (pas dans le couloir, sirène au loin).
- Le regard : un personnage qui fixe un point hors du cadre suffit à faire exister ce qu’il voit.
- Les entrées et sorties de champ : un personnage qui quitte l’image continue d’exister à côté du cadre.
- Le cadre dans le cadre : une porte entrouverte, une fenêtre ou une ombre ne montrent qu’une partie de l’action.
La peinture connaît aussi ce procédé. Les toiles d’Edward Hopper, comme Soleil du matin, montrent des personnages absorbés par un extérieur que l’on ne voit pas ; Alfred Hitchcock s’en est inspiré pour construire le suspense.
Quels films utilisent le hors-champ ?
- Les Dents de la mer (Steven Spielberg, 1975) : le requin reste invisible pendant une grande partie du film, en partie parce que le requin mécanique tombait souvent en panne. Sa présence passe par la musique de John Williams et des plans subjectifs sous l’eau.
- Rosemary’s Baby (Roman Polanski, 1968) : dans une scène célèbre, une voisine téléphone dans une chambre cadrée à travers l’encadrement d’une porte, si bien qu’on ne la voit qu’à moitié. Le spectateur se penche presque pour voir le reste.
- Les Oiseaux (Alfred Hitchcock, 1963) : la menace vient du ciel, souvent hors du cadre, et le film remplace la musique par des cris d’oiseaux synthétiques.
Hors-champ, hors-cadre, voix off : quelles différences ?
Le hors-cadre n’est pas un simple synonyme. Le hors-champ appartient à l’histoire racontée : c’est l’espace imaginaire qui prolonge l’image. Le hors-cadre, lui, est l’espace réel du plateau de tournage : la caméra, les projecteurs, l’équipe. Sur un tournage, le cadreur et le perchman veillent à ce que rien de ce hors-cadre n’entre dans l’image, ni micro, ni ombre de perche, ni technicien.
Même nuance pour le son : une voix hors champ appartient à un personnage présent dans la scène mais invisible, alors qu’une voix off vient de l’extérieur du récit, comme un narrateur ou un commentaire de documentaire.
Au sens figuré, « être hors champ » signifie être tenu à l’écart de ce qui est montré ou regardé : un sujet hors champ est un sujet que l’on n’aborde pas.