Qu’est-ce que l’étalonnage des couleurs ?
L’étalonnage est l’étape de postproduction qui consiste à corriger et harmoniser les couleurs, la luminosité et le contraste de chaque plan d’une vidéo ou d’un film. Il assure d’abord la continuité visuelle d’un plan à l’autre, puis donne à l’image son ambiance. On parle aussi de color grading ; le spécialiste est l’étalonneur, ou coloriste.
Le mot a un autre sens, plus général : étalonner un écran ou un instrument de mesure, c’est le régler sur une référence pour qu’il affiche ou mesure juste. Les deux se rejoignent en vidéo, puisqu’on étalonne le moniteur avant d’étalonner l’image.
Correction colorimétrique et étalonnage créatif
Le travail se fait en deux temps. La correction primaire remet l’image d’aplomb : exposition, balance des blancs, contraste, pour que deux plans tournés avec des caméras différentes ou à des heures différentes raccordent. Les corrections secondaires agissent ensuite sur des zones précises : éclaircir un visage, saturer un ciel, isoler une couleur.
Vient enfin l’intention : teintes froides pour une image technologique ou inquiétante, tons chauds pour la proximité, couleurs désaturées pour un récit historique. Le principe rappelle les filtres des réseaux sociaux, mais appliqué plan par plan, avec une tout autre précision. Les logiciels de référence sont DaVinci Resolve et Baselight.
Pourquoi tourner en Log avant l’étalonnage ?
Pour se laisser de la marge, de nombreuses caméras enregistrent les rushes dans un profil logarithmique (Log), voire en RAW. L’image paraît alors terne, grise et peu contrastée, mais elle conserve un maximum de détails dans les hautes et les basses lumières. L’étalonneur la « développe » ensuite, souvent à partir d’une LUT, une table de conversion qui donne un rendu de départ.
Le format vidéo d’enregistrement compte aussi : un fichier peu compressé, en 10 bits, encaisse des corrections poussées bien mieux qu’un fichier 8 bits très compressé, où les dégradés finissent par se marquer en bandes.
Et en direct, comment harmonise-t-on les couleurs ?
Un direct ne passe pas par la postproduction : l’harmonie se règle avant l’antenne et se surveille pendant. En régie, l’ingénieur de la vision aligne toutes les caméras sur une même référence, à l’aide d’une mire et de moniteurs étalonnés, puis ajuste en continu l’exposition et le niveau du noir de chacune. Le réalisateur peut ainsi passer d’un plan à l’autre sans que la couleur d’un visage change.
Quelques étalonnages célèbres au cinéma
- Il faut sauver le soldat Ryan (Steven Spielberg, 1998) : une image très désaturée et contrastée, qui évoque les images d’archives de la Seconde Guerre mondiale ;
- Matrix (Lana et Lilly Wachowski, 1999) : une dominante verte dans la matrice, qui rappelle les vieux écrans informatiques, et des tons bleutés dans le monde réel ;
- O Brother (Joel et Ethan Coen, 2000) : souvent cité comme le premier long métrage entièrement étalonné en numérique, pour transformer des champs verts en paysages jaune paille ;
- Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain (Jean-Pierre Jeunet, 2001) : des verts, des rouges et des jaunes saturés qui donnent à Paris une allure de conte ;
- Sin City (Frank Miller et Robert Rodriguez, 2005) : un noir et blanc très contrasté où ne subsistent que quelques touches de couleur, comme le rouge d’une robe ou de lèvres.